Et puis j'ai pris l'eau ( ou l'eau m'a prise), j'ai laissé mes larmes me tremper, m'avaler parfois, me laver aussi de la peur de la tristesse parfois pire que la tristesse elle-même.
L'eau était noir de suie, mais aussi douceur de soie.
Dans son sein vivaient de drôles de créatures marines, vieilles comme le monde, ni prêtes à être apprivoisées, ni agressives. Juste indifférentes à ce que le monde pensait d'elles.
Je les ai observées d'abord. Puis je me suis amusée de leurs jeux et de leurs circonvolutions, prête à les suivre dans leurs folles danses énigmatiques, semblables et pourtant si neuves.
J'ai failli me joindre à elles pour toujours mais le souffle me manquait, la terre ferme me manquait, et la chaleur du soleil. Dans un dernier sursaut, je me suis arrachée à l'étreinte des profondeurs pour rejoindre la surface, retrouver le poids de ma chair et de mes os, essorer mes peines, les mettre à sécher, goûter le soleil et les rayons de miel.
Le soleil n'est jamais plus beau que reflété dans les abysses marins.





